Reims : le congrès des dupes ?
Le congrès de Reims bat son plein. Les orateurs à la tribune entretiennent le feu tandis que dans les couloirs les négociations vont bon train. La fumée blanche d’une synthèse s’éloigne, mais la nuit peut être propice à toutes les surprises. Le rassemblement des motions Delanoë, Aubry et Hamon a du plomb dans l’aile, tandis que Royal, bravache, affirme sa détermination à aller devant les militants pour qu’ils tranchent le nœud gordien. Un congrès socialiste a sa mise en scène, son rythme, ses rebondissements, ses coups d’éclat et au final sa conclusion au petit matin qui souvent ne fait que confirmer la relativité de l’exercice. Cela dure depuis plus de cent ans, pourquoi en irait-il différemment aujourd’hui ? La crise ? Quelle crise ? Celle du socialisme ? De la finance ? Du capitalisme ? Mais il en a toujours été ainsi ! Je relisais les discours prononcés au XXXe congrès de la SFIO à Paris en 1933. Les orateurs évoquaient déjà la crise du socialisme et la fin du capitalisme. Certains, comme Adrien Marquet (député-maire de Bordeaux) ou Marcel Déat (député de Paris), voulaient remettre de l’ordre et de l’autorité, rénover le vieux parti et bousculer un peu les dogmes pour épouser leur époque. Léon Blum n’hésitait pas devant tant d’audace à se dire « épouvanté » par ces néo-socialistes. La querelle des anciens et des modernes tourna à l’avantage des premiers. Ce qui permit ensuite le rassemblement populaire du 14 juillet 1935 et le triomphe l’année suivante. Il en fut de même à la fin des années soixante-dix entre la gauche dite « archaïque » conduite par François Mitterrand et la seconde gauche « moderne » incarnée par Michel Rocard. La victoire de la première entraîna l’alternance politique de 1981. Il en est ainsi au parti socialiste quand la querelle entre les anciens et les modernes s’exacerbe, le débouché politique est proche. Une seule condition semble toutefois nécessaire : que les anciens l’emportent et sachent ensuite rassembler. Ce congrès, qui a toutes les chances d’être une fois de plus celui des dupes, peut-il encore remplir cette fonction ? Une nuance de taille existe toutefois : en 1933 ou en 1979, le parti socialiste n’avait pas de réel problème de leadership. Blum ou Mitterrand avaient le charisme suffisant pour imposer leurs vues à défaut de faire taire toute contestation





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